RSS“Il n’y a maintenant seize ou dix-sept ans que je n’ai vu la reine de France. C’était à Versailles, elle était encore la Dauphine, et certes il n’eut jamais vision plus délicieuse sur cette terre qu’elle semblait à peine toucher. Elle ne faisait alors que paraître sur l’horizon, pour orner et égayer la sphère élevée où elle commençait de se mouvoir – scintillante comme l’étoile du matin, brillante de vie, de splendeur et de joie. Ah! Quel bouleversement! Quel coeur me faudra t-il pour rester insensible à tant de grandeur suivie d’une telle chute ! Que j’étais loin d’imaginer, lorsque plus tard je la voyais mériter la vénération et non plus seulement l’hommage d’un amour distant et respectueux, qu’elle en serait un jour réduite à cacher dans son sein l’arme qui la préserverait du déshonneur; je ne pouvais croire que je verrais de mon vivant tant de désastres s’abattre sur cette princesse, au milieu d’un peuple composé d’hommes d’honneur et de chevaliers! J’aurais cru que dix mille épées bondiraient hors de leurs fourreaux pour la venger ne fût-ce que d’un regard qui aurait pu l’insulter. – Mais l’âge de la chevalerie est passé. Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé; et la gloire de l’Europe est éteinte à jamais.”
R.H. Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France. Hachette Littératures, 1989, pp. 95-96.